Ce que je ne dis pas…

Ma maman, lorsqu’elle voit un reportage sur le harcèlement, dit souvent que personne ne doit se laisser faire.
Si elle savait…

Ce soir, je prends ma plume – virtuelle – pour vous livrer un peu de moi.

Je vous ai dit dans mon TAG Gif my Life que quelque chose avait changé pour moi en primaire malgré une scolarité presque normale. Ce que j’ai omis de dire c’est que j’étais victime de harcèlement. Je vous l’ai dis, les enfants sont durs entre eux. Ce que les adultes prennent parfois pour des jeux sont parfois bien plus.

Je me souviens…

J’ai toujours aimé l’école.

Ça a commencé petit à petit. D’abord, un commentaire lancé au hasard. Ensuite, quelqu’un invente une histoire – de vol dans mon cas. Puis viennent les insultes et les bousculades. Les autres me fuyaient comme la peste. Avec mes yeux d’enfant, je me suis sentie impuissante. Je pensais que c’était moi, je pensais que j’avais mal agit. Un jour, je suis allée voir un adulte, une ATSEM ou surveillante, je lui ai raconté ce qu’il se passait… Elle m’a ri au nez. Elle m’a dit que je n’avais pas compris, ce devait être un jeu. Un jeu qui pour moi était un cauchemar. Je rentrais chez moi en disant à ma maman : « on m’a traité ». Bien sûr, elle essayait de savoir ce que mes camarades me disaient mais… Enfant on nous répète de ne pas répéter de gros mots alors… Les méchancetés que l’on me disait été pour moi des gros mots, des mots vilains quoi !

Les récréations étaient un calvaire, j’appréhendais tellement ce moment que je n’avais qu’une envie : me cacher ! Le début des cours ? Un problème.

Les jours, les semaines, les mois et les années sont passés… La veille de chaque rentré, je me rendais malade c’était psychologique, ça devenait physique. Ma mère ne comprenait pas. Je ne lui disais rien. J’avais peur. Mon père était impuissant.

Je me souviens à une période, un garçon plus grand que moi m’embêtait. J’en ai parlé comme ça. Je ne sais pas pourquoi j’ai parlé de lui, pourquoi je n’ai pas parlé des filles de ma classe. Quelque jours plus tard, avec mes parents on a croisé, au marché, un monsieur que mon papa connaissait. C’était un samedi. Ce monsieur était le père du fameux garçon. Ce garçon se cachait derrière lui. J’ai dis à ma mère que c’était lui. Elle en a parlé à son papa. Ce garçon ne m’a plus jamais embêté.

Je n’ai pourtant rien dis.

On m’a piqué mon goûter plusieurs fois.

A mon anniversaire, avant et/ou après les fêtes j’apportais des bonbons, des gâteaux et des boissons à l’école.

Je me suis mise à lire. Je m’enfermais dans ma bulle. Dans ma bulle, j’étais en sécurité.

En CM2, j’appréhendais tout autant la fin de l’année que le début d’une nouvelle vie, dans un autre établissement.

J’ai été malade avant la rentrée en 6ème.

Dans cet établissement, je ne connaissais personne. Au début, tout allait bien j’avais des copains et des copines. J’étais heureuse.

Quand on grandit, on nous donne plus de liberté, on rencontre des gens, vient alors la période des premières sorties. C’est à ce moment là que l’engrenage a recommencé. Agen est une petite ville. Dans les petites villes les gens se connaissent tous plus ou moins. Une fille de mon école primaire, a parlé de moi à une fille de mon collège. Celle-ci a commencé à se moquer de moi. Ses copines et elles ont décidé de me prendre comme bouc-émissaire.

J’ai redoublé ma 3ème dans un autre établissement. Rien a changé.

Cette histoire a duré… Elle a duré 10 ans.

10 ans pendant laquelle je me suis battue. Je me suis battue contre moi-même, contre les autres, sans jamais évoquer clairement le sujet.

Je me suis inscrite dans un établissement privé. Au lycée dans lequel j’ai évolué pendant 4 ans, la tolérance, l’entraide était de mise. J’avais une cassure en moi. J’étais renfermée, peureuse, je manquais cruellement de confiance. C’était tout de même mes 4 plus belles années d’études. J’ai appris à avoir confiance grâce au théâtre, à être moins stressée et angoissée grâce à la relaxation. Le cadre était idyllique. Bon j’avoue, ce n’était pas le pays des Bisounours. Je n’étais plus la tête de Turc. Il y en avait, ce n’était pas moi. Je ne faisais rien pour les aider. Je m’en veux. Ce n’était pas moi.

A cette époque, j’ai revu des filles de mon école. L’une d’elle m’avait retrouvé sur les réseaux sociaux. Elle ne comprenais pas pourquoi je lui en voulais. Pour elle ce n’était qu’un jeu, des brimades comme tous le monde en fait. Elle a fini par m’inviter au cinéma pour s’excuser. Je me souviens, c’était 17 ans encore avec Zac Effron. C’était en avril 2009, probablement un mercredi.

Les 2 ans de BTS étaient plutôt cool mais c’était dans une cité scolaire publique. L’ambiance est clairement différente, moins familiale, moins conviviales aussi. Les professeurs sont moins à l’écoute. Les élèves moins disciplinés. C’était un joyeux bordel. J’étais bien.

L’été entre les 2 années de BTS, j’ai bossé à Walibi Sud-Ouest. C’était mon premier job. Je m’éclatais. J’aimais vraiment. Je m’investissais. J’avais grandi avec ce parc d’attraction. Je l’avais vu grandir, évoluer.
La fille qui « remplaçait » la responsable en son absence me connaissait du collège. Un soir, j’étais de fermeture. Cette fille qui se moquait de moi avant a cru bon de me faire vivre l’enfer. Ce soir là, elle m’a refait ranger le frigo à boisson plusieurs fois. Quand j’avais fini de laver le sol, elle a trouvé bon de balancer un seau d’eau sale. Me l’a fait re-nettoyer. Elle me disait que j’étais une incapable.
Je tiens à signaler qu’elle était en BTS Management.
Au lieu de 19h30, je suis sortie vers 20h30. A 20h30 j’ai craqué, je me suis enfuie. Ma mère était venu me chercher en voiture. J’étais en pleure. Elle m’a demandé d’en parler. Je l’ai fait au responsable de secteur. Sa solution ? Rester toute la journée du lendemain au restaurant. Je savais que ça ne pourrait durer. J’ai eu peur. J’ai démissionné. Je n’avais pas le choix puisque l’équipe a refusé de me changer de restaurant. J’ai dû fuir. J’ai détesté ça. J’ai été sanctionné. J’étais victime. Je ne leur fais pas de la publicité. Ils ont laissé cette fille tranquille. J’aurais pu porter plainte. Quel intérêt si cette entreprise se fiche de ces employés ? J’avais honte. Ils auraient dû avoir honte. Ils auraient dû faire quelque chose. C’était à eux d’agir.

Je regrette de ne pas avoir parlé. Je regrette d’avoir laissé faire.

Qu’on me dise que les enfants sont des anges… J’y crois !
Qu’on me dise que les enfants sont durs et cruels entre eux. Je n’ai aucun doute la dessus.
Cette ambivalence de l’enfant et de la vision qu’on en a, j’en ai fait les frais.

J’ai été victime de harcèlement scolaire.
On m’a appelé « fayote », « mocheté », « grosse vache », « connasse », « crétine », « minus », « sale pute », « menteuse » et j’en passe.
On m’a dit que je ne servais à rien, que j’étais nulle, que je ne savais pas lire et pas écrire…
On m’a demandé si j’étais enceinte, si j’étais bête, si mes parents avaient honte…
On m’a envoyé des boulettes de papier, fait passé pour une voleuse, tiré les cheveux…
C’est un cercle vicieux, on s’enferme dans le silence et le silence s’épaissit. On se referme sur soi-même.
Je me suis construite.
Cette expérience m’a forgé.
J’ai survécu.
Je souris.
Je vis.

Le 5 novembre dernier était la journée nationale contre le harcèlement scolaire.
Un enfant sur dix est victime de harcèlement à l’école.
Trop d’enfants sont isolés, insultés voire frappés, et ignorés.


Parlons-en, n’ayons pas peur de ces enfants solitaires qui tentent de cacher leurs larmes le soir dans leur lit.
Tendons-leur une main affectueuse et une écoute tolérante.
Ne les laissons pas s’enfermer dans le silence.

J’ai entendu parler de « Marion, 13 ans pour toujours », je compte le lire !
Quelles sont les livres abordant ce thème que vous connaissez ?
Celles que vous me conseillez ?
Dites-moi tout !

Julie – Mademoiselle est jolie

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